jeudi 3 mars 2011

J8 Les déménageurs de l'extrême

Retour à Phnom-Penh. On charge la voiture, les boissons et la glace et hop, c'est reparti. On est un peu entassés avec tous nos sacs, valises et souvenirs mais avec deux personnes en moins (mes parents partis la veille) ça va. On a un peu l'impression de déménager... Mais cette impression va disparaître soudainement.





On connait la route, vu que c'est la même qu'à l'aller et on file donc d'une traite vers l'étape centrale, Kompong Thom, pour manger. On file tellement bien qu'on va arriver à 11 heures, ce qui est un peu tôt entre la 3e collation du matin et le déjeuner. Et puis soudain, étonnement ; sur la moitié opposée de la chaussée, une maison en bois, traditionnelle et digne, avec son toit et ses pilotis, mais sur la route ! On s'arrête pour voir le phénomène d'un peu plus près et on descend prendre des photos.
Il s'avère que la maison est juchée sur quatre charrettes à boeufs. Et dessous, à l'ombre, une trentaine de villageois rigolards attend. Fred entame la conversation et ils lui demandent rapidement de leur donner un coup de main, ils sont en train de déménager la maison. Et elle accepte.
A ce moment, ils se remettent au travail, tout le monde crie, s'active et entoure la maison. Et ils se mettent à la pousser pour lui faire traverser la route, vers le champ. Du coup, on s'y met tous. Et tout le monde pousse, tire, crie, rigole. Il faut traverser le fossé par un étroit passage de terre, puis faire rouler la maison dans le champ jusqu'à la clôture de la propriété voisine. Dans le terrain de destination, il y a une maison entourée d'une haie, dans laquelle un trou large a été pratiqué ; on comprend que la maison à roulettes est destinée à jouxter l'autre maison. C'est assez classique, quand le fils se marie, il s'installe souvent à coté de ses parents, dans une autre maison. Mais en général, on la construit, on ne l'apporte pas !
Le passage du fossé est épique, il y a près de 50 cm de dénivelé et il faut retenir la maison pour qu'elle ne se disloque pas en écrasant la moitié des forçats...
Puis il faut s'arrêter à peu près tous les deux mètres pour plein de raisons diverses : là un "crac", il faut s'arrêter pour savoir ce qui a craqué, ici une des charrettes part de travers, il faut se rassembler à un coin de la maison, la soulever, repositionner la charrette correctement et reposer la maison. Stupéfiant. Ensuite il faut pousser et tirer pour la faire tourner, vers le trou dans la clôture.
Un talus entoure le terrain, il fait bien 30 ou 40 cm de haut, on essaie d'y monter la maison en prenant de l'élan ! Mais ça ne marche pas. On est obligé de couper un des pilotis (à la hache). C'est compliqué, tout le monde donne son avis et tout le monde rit de bon coeur. Il semble que notre aide est réellement la bienvenue car ils nous confirment qu'ils n'étaient pas assez nombreux. Polo joue quelques instants avec une colonie de fourmis rouges et finalement on coupe un arbre supplémentaire (celui avec les fourmis) pour que la maison puisse passer. On finit comme si on faisait un créneau pour une place un peu trop petite, en faisant des va-et-viens.
Avec beaucoup de remerciements et une dégustation d'alcool de palme (c'est vraiment pas bon), on se quitte car il faut reprendre la route. Ça nous aura pris une bonne heure. On ne saura pas comment ils ont fait pour monter la maison sur ses roulettes ni comment ils feront pour la reposer sur le sol, mais c'était vraiment une expérience unique. Du coup, l'impression de déménager au début de la journée a un peu changé...
Un seul regret, que mes parents n'aient pas été là pour vivre ça avec nous.
NB : Si vous regardiez les "Déménageurs de l'extrême", sachez que c'est de la gnognote, ils ont des grues, des  palans, des moteurs, des camions ; nous on a fait ça avec juste de la bonne corde, des charrettes à boeufs, sans les boeufs et plein de bonne humeur.

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